Construire une infrastructure souveraine européenne pour la confiance dans les contenus : entretien avec Xavier Bruni
Construire une infrastructure souveraine européenne pour la confiance dans les contenus : entretien avec Xavier Bruni
Un mois après son entrée en bêta, ProvenanceForTrust — la plateforme du programme Provenance — permet aux médias et aux acteurs de l'information de vérifier l'origine d'un contenu et d'en documenter la provenance. Une infrastructure pensée comme souveraine et européenne, alignée dès sa conception sur l'AI Act, le DSA et l'EMFA. Xavier Bruni, responsable du programme, dresse le bilan de ce premier mois.
Xavier Bruni, responsable du programme Provenance For Trust
Photo Credit: CEPICQu'est-ce que le programme Provenance, et quel problème résout-il ?
Provenance est un programme sur deux ans, lancé en janvier 2025, construit pour répondre à une question très concrète pour les médias et les acteurs de l'information en Europe : comment vérifier l'origine d'un contenu, et comment documenter sa provenance, à l'heure où les contenus générés ou modifiés par IA se multiplient ?
Ce n'est pas un simple exercice de recherche. Il combine développement produit et travail de fond sur l'alignement de la plateforme avec le cadre réglementaire européen. La plateforme aujourd'hui accessible à l'adresse app.provenance4trust.org est la première traduction concrète de ce travail.
Que permet de faire la plateforme aujourd'hui ?
Elle s'articule autour de deux briques.
Ces deux briques couvrent aujourd'hui l'image, l'audio et la vidéo. Le traitement du texte n'est pas encore disponible — un point abordé plus loin.
Qui construit ProvenanceForTrust ?
ProvenanceForTrust est un véritable travail de consortium européen, pas le produit d'un seul acteur. Cette diversité de compétences permet d'avancer à la fois sur le produit et sur ses fondations juridiques — un choix délibéré pour construire une infrastructure conforme au droit européen dès sa conception, et non ajustée après coup.
Mandataire du groupement, coordonne le programme et contribue au développement de la plateforme.
Développe le moteur de détection de contenus générés par IA.
Apporte la brique de labellisation de provenance via le standard C2PA et le watermarking, avec son partenaire IMATAG.
A créé et pilote la Journalism Trust Initiative, référentiel de certification sur la transparence et l'intégrité des médias.
Étudie l'impact de la plateforme sur la confiance entre les médias et leur audience.
Accompagne l'alignement du programme avec le cadre réglementaire européen — AI Act, DSA et EMFA.
Un mois après le lancement de la bêta, quel premier bilan ?
Des offres de lancement (accès gratuit) ont été envoyées aux 400 médias certifiés Journalism Trust Initiative, ainsi qu'à l'ensemble des membres du CEPIC. Les inscriptions se font au fil de l'eau — encore un peu timides au goût de l'équipe — avec une montée en puissance attendue à la rentrée de septembre.
Ce lancement en bêta était volontairement pensé comme une étape d'apprentissage plus que comme un aboutissement. Les retours recueillis orientent déjà la suite du développement.
Qu'est-ce que les premiers retours utilisateurs ont révélé ?
L'équipe a mené de premiers échanges avec des médias, des fact-checkers, des responsables IT et des photographes aux quatre coins du monde — France, États-Unis, Indonésie, République tchèque, Espagne, Lettonie, Mongolie, et bien d'autres. Les besoins et attentes varient sensiblement selon les profils, mais un point revient systématiquement : la nécessité de protéger ses contenus numériques.
Le retour le plus attendu, sans surprise, porte sur le texte. La feuille de route initiale prévoyait la détection de texte dès la première phase, aux côtés de l'image ; ce n'est pas encore le cas, et la question reste en cours d'arbitrage en interne.
« C'est un point que nous traitons directement, en particulier parce qu'il est sensible pour les médias de presse au regard de l'article 50 de l'AI Act, qui encadre la divulgation de certains textes générés par IA lorsqu'ils informent le public sur des sujets d'intérêt public. »
Xavier Bruni, sur la détection de texte à venir
Où en est le développement de la plateforme ?
Avant l'été 2026, l'avancement global du programme s'établissait à 57 %, pour une fin de programme visée fin 2026. Le socle technique est terminé, la plateforme bêta est en finalisation, et une version avancée est en cours de développement.
ProvenanceForTrust doit se lire comme une plateforme évolutive plutôt que comme un produit figé.
Quelle place pour le volet réglementaire — AI Act, DSA, EMFA ?
Une place centrale, sans pour autant résumer le programme : son cœur reste la provenance et la traçabilité, des sujets avant tout techniques. Mais à mesure que les obligations réglementaires s'accumulent sur plusieurs niveaux, ce volet gagne en importance — c'est un chantier à part entière, pas un supplément d'âme. Le CEPIC travaille spécifiquement sur l'analyse de l'AI Act, du DSA et de l'EMFA, afin d'identifier les principes devant guider le développement de la plateforme.
Un point mérite d'être clairement posé : les fonctionnalités de vérification et de labellisation proposées sont des outils d'aide à la vérification et à la traçabilité. Elles ne garantissent pas, à elles seules, l'authenticité d'un contenu ni la conformité d'un usage aux obligations légales applicables à chaque acteur. Cette analyse reste de la responsabilité des utilisateurs — la plateforme vise à leur fournir une information aussi claire et fidèle que possible pour les y aider.
Quelle est la prochaine étape pour ProvenanceForTrust ?
Continuer à faire progresser la version avancée de la plateforme, étendre la détection au texte, et affiner l'intégration dans les workflows éditoriaux réels — notamment via des API pensées pour les systèmes de gestion de contenus, sur lesquelles L'Atelier et TrustMyContent travaillent actuellement.
L'objectif reste le même depuis le départ : donner aux médias et aux acteurs de l'information des outils fiables, souverains et européens pour documenter et vérifier la provenance de ce qu'ils publient, dans un cadre rigoureusement aligné avec les exigences réglementaires.
L'objectif reste le même
Donner aux médias et aux acteurs de l'information des outils fiables, souverains et européens pour documenter et vérifier la provenance de ce qu'ils publient.
- Xavier Bruni, responsable du programme Provenance For Trust
Photo Credit: CEPICFoire aux questions
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